J'avais envie de revoir Venise et j'étais impatient d'arriver...

Après un voyage sans problème entre Roissy et l'aéroport Marco Polo, me voilà, le nez dans les embruns, dans le bateau qui assure la navette jusqu'à la ville.

Bien entendu, le temps de changer de réseau sur mon portable, j'essaye d'obtenir la communication avec le couple d'amis qui avait eu la gentillesse de venir garder la maison et les animaux pendant mon absence, pour dire que j'étais bien arrivé et que tout allait bien.

Impossible d'obtenir le moindre signal .

Arf, c'est pas mieux en Italie qu'en France !

Place Saint-Marc, je prends donc un vaporetto pour rejoindre mon hôtel, situé à l'autre bout du Grand Canal, pas loin du pont Scalzi.

Malgré plusieurs tentatives, la communication ne s'établit toujours pas avec Toulouse. Je me dis que je capterais peut-être mieux ailleurs qu'à l'hôtel et me voici donc parti flâner dans les rues, pas loin du Rialto.

15h50 : surprise, mon portable sonne.

A l'autre bout un ami, avocat : « alors comment vas-tu, tu n'es pas blessé ? Dès l'explosion j'ai pris ma moto et je suis parti à Narbonne à cause du nuage toxique! »

Sur le moment je ne comprends pas ce qu'il me dit puis au fur et à mesure qu'il m'explique, la panique commence à me prendre : mon domicile n'est qu'à quelques kilomètres à vol d'oiseau et mon bureau à 500 mètres tout au plus de l'origine de l'explosion.

Et toujours pas de communication ...

Je retourne à l'hôtel en courant pour appeler du central, mais les lignes téléphoniques ne fonctionnent pas mieux que mon portable.

Tout à coup, à la télévision, sur TV5, une apparition apocalyptique : un homme ensanglanté, à côté de ce qui devait être une mercédes, au milieu d'un immense désert d'où s'échappent des colonnes de fumées...

Et le commentaire de l'envoyé spécial :"...l'usine AZF de Toulouse a explosé, il y a des morts et de très nombreux blessés, l'onde de choc a été ressentie jusqu'à Limoges..."

Les images défilent, des gravois, de la ferraille tordue, des voitures calcinées, du sang, des gens hagards qui courent dans tous les sens, les pompiers, les ambulances, le SAMU...

Je suis resté toute l'après midi figé devant la télé, impuissant...

Ce n'est que vers 21h que la liaison a pu se faire avec mes amis : juste quelques morceaux de plâtre sont tombés du plafond; à mon bureau, la façade vitrée a reculé de 10 cms mais il n'y a pas de blessés.

Le lendemain, j'ai repris le premier avion pour la France...

...pour recueillir quelques survivants chez moi !