Comme beaucoup de monde, je fantasmais depuis longtemps sur les trains de légende comme l’Orient-express ou le Transsibérien.

L’Orient-express étant hors de prix pour ma bourse, je me suis donc tourné vers le Transsibérien, avec un départ de MOSCOU, ville que je ne connaissais pas et une arrivée à PEKIN, que j’avais envie de revoir, après avoir traversé les steppes de MONGOLIE et 8 fuseaux horaires !

Je ne savais pas qu’en fait il y avait plusieurs trains qui faisaient le trajet, avec des prestations tout à fait différentes.

J’ai donc pris le train n°6.

Le voyage, qui dure 5 jours et 5 nuits, sans arrêt supérieur à 30 minutes, est un peu long à voir défiler des milliers de kilomètres de bouleaux, surtout quand on a l’habitude de bouger…

C’est toutefois à l’intérieur du train qu’à eu lieu le spectacle.

J’ai passé 5 jours et 5 nuits avec des trafiquants.

Déjà, à MOSCOU, j’avais eu la surprise de constater que mon compartiment avait été occupé vu les affaires qui y traînaient encore, alors que le train arrivait en gare, point de départ de son périple et était sensé être vide.

J’avais vu aussi que l’on chargeait une tonne de marchandise dans un des sas de mon wagon, sans me préoccuper pour autant du problème de sécurité que cela pouvait engendrer, le sas devenant bien entendu inutilisable.

La première nuit fût tranquille, puis, au petit matin, devinant une certaine effervescence, quelle ne fut pas ma surprise, en ouvrant la porte du compartiment, de voir dans le couloir une quantité inimaginable de jeans, de sacs, de chaussures qu’une dizaine de jeunes classaient par taille, par forme, peut-être par prix !

A chaque arrêt, tout ce petit monde descendait et une foule incroyable envahissait le quai pour acheter à une vitesse record moyennant quelques roubles. Quelle organisation !

Dès que le train repartait, les billets étaient comptés et recomptés dans le couloir, en toute indiscrétion, puis disparaissaient dans les compartiments occupés par les vendeurs .

Le deuxième jour, je me suis aperçu qu’en fait il y avait un chef, obèse, pas sympathique, et 2 gardes du corps, bien taillés, l’œil à la fois vif et absent, les mains dans les poches. J’ai pensé à la mafia tout en me disant qu’elle n’avait sûrement rien à faire de ce marché noir, organisé peut-être pour permettre à quelques uns de « travailler » pour pouvoir simplement manger…

Après la folie des vêtements, ce fût la ronde de la nourriture et des boissons.

Là encore, les paquets étaient déployés dans le couloir, ouverts, vérifiés, complétés, refermés, les nuits étant rythmées par le bruit du scotch qu’on déroule… Délicat d’enjamber la marchandise pour aller aux toilettes où au samovar récupérer un peu d’eau chaude pour faire le thé …

Aucun mot, aucun geste, j’avais l’impression d’être transparent, comme d’ailleurs les autres touristes étrangers du wagon…

La marchandise disparaissait avec une dextérité incroyable à chaque fois que les contrôleurs ou les policiers montaient dans le train ! Je n’ai pas encore compris ces tours de passe passe ! Tout était minuté : 1 heure avant les contrôles les paquets cachés dans tout le wagon s’envolaient comme par enchantement !

A un moment les policiers russes ont débarqué en nombre, tout de cuir et de noir vêtus. Je m’attendais, goguenard, à ce qu’ils découvrent les cachettes…Et bien non, ils n’ont rien vu…Curieux…

Il n’y a que le dernier jour, avant le passage de la frontière russo-mongole, que certains vendeurs m’ont paru anxieux, à tel point que l’un deux faisait les cent pas devant mon compartiment, avec de grosses gouttes de sueur, lorgnant du coin de l’œil mes valises ouvertes sur la couchette du haut…

J’ai vu passer 2 paquets, différents des autres, qui ont disparus je ne sais où, sans traîner dans le couloir.

La douane et le contrôle de l’immigration sont passés…ils sont repartis sans rien voir…

Je n’ai pas moi non plus revu les paquets mais j’ai vidé mes valises et vérifié leur contenu, avant de les refermer à clef…